
6, on n'était pas de trop pour
enchaîner les coups de comptoir façon Trafalgar, fête et défaite allant de paire. On avait tous mis plus ou moins 15 ronds dans
l'affaire histoire de se coller une sévère, et plus les jours
passaient plus la perspective cavalière d'un bouillon mixé en salle
guichet fermé nous mettait la beurrance à la bouche. Pour quel
motif l'avaleur de blue pépitos venait-il se tremper dans
notre bled? On s'en tamponnait le coquillard, il serait là pour nous
et c'est tout ce qui comptait.
Soir venu, temps minable couvert et la
flotte avec. Temps mieux. Mouillés dedans dehors, la bataille navale peut se lancer. Tout est PARFAIT: on navigue sans narvalo à vu avec
nos sextants tendus bien en main, les morpions placés
stratégiquement. Bouchons-capsules tirés au
zénith, balistique sous le coude. Les mèches se follent, ça blague
à tire l'haribo, le sauciflard est découpé le compas dans l'œil,
un son bâtard fait de l'écho et les minutes sont décomptées car
20h30 signe le début des festivités. L'espace-temps comme le taux
se ressert. Un dernier cocktail molotov nous propulse dans la
verticalité clair-obscur d'une ville sans nom.
Ruelles floues sans foule folle:
normal: soir de semaine. Seul nous 6 x 2 12 pognes en poche pochards
déambulons hagards dans l'entrelacs de nos ombres bourrées
d'éthanol. Arrivée imminente. Le guichet se présente et nous
devant la bouche en cœur et le cœur en joie. À cet instant précis
la soirée passe du coq à l'âne : l'âne c'est le préposé au
poinçonnage, une tête de lard vissée sur un tas de merde. Deux d'entre nous n'ont rien à faire là: problème de
réservation qu'il dit. Le collègue sans foie ni loi, la croix d'or
en médaillon, bouillonne et dégueule sa diarrhée verbale sans
langue de bois, son acolyte féminin frappe à la vitre selon le flow. À chaque phrase on peut voir l'âne se rapetisser
dans sa boite, ne nous supportant plus il se fait hara-kiri en
tirant les volets, il s'enferme lui même! «Tu vois ç'que ça fait LARRY?!!». Putain
d'enflure c'est fini les pépitos, le blue vire au blues et les 15
ronds se changent en zéro pointé. Les grandes gueules ont toujours
le premier mot, moins souvent le dernier alors on s'arrache vers le
port; imaginant pour le lendemain le portrait du singe en
cage craché dans tous les canards du coin rubrique chien écrasé.
MERDE faut retourner notre veste
avant de s'en prendre une nouvelle. Debout les morts on change de
cimetière! Ça urg'! On trouve un bar, un stock de clopes, quelques
couvre-chefs, la nuit a ses impératifs et ses impérators dégradés.
Un s'assoie au piano pour battre la démesure. Les verres s'empilent
au rythme des glaçons pilés, le scotch est tassé. Le demi passe
au plein. Bock vide vite atteint, travail à la chaine pour
déchainés, next one! Une statue-sirène s'extirpe d'un recoin, son
bois reste de marbre malgré des avances explicites, les mauvaises
langues la diront frigide sans penser aux vénus d'Ille. Les 12 de
minuit sonnent la naissance du Salbatard Dalí, excentrique de la stache, avant-gardiste pileux, fou de joie et joie d'être fou.
Bougies sur BOUILLON, le délire est palpable.
Soudain la messe est dite: le trou
ferme, définitif et sans appel. Sans se faire prier, on s'jette à
la rue. L'âme flottant dans le vague à la recherche de bondage. Au
loin des ombres s'activent: les zicos pépitos rentrent roupiller
dans leur car, nous approchons. Ils nous payent une dernière bulle
de 16 toute droit sortie du frigo officiel, l'huile sur le feu, le
cœur battant pour une dernière battue. La gare passe par notre
chemin avec ses voiles tendues à l'horizontale, spot réputé pour
trampol'oeil. On se voit roulant sur les toiles bombées,
rebondissant pieds et poings liés, les sauts très périlleux se
démocratisent, enfin, le salut final est présenté à bout de
souffle. Ça nous remet le pendule à l'heure. Tout s'assombrit
ensuite, la place est faite au rêve allongé. Prends ça Tellier!


