La semaine est comme une salle d'attente où l'on espère l'arrivée rapide du week-end... cette salle d'attente-là était blindée et le week-end est venu plus vite que jamais. Liberté.
Nous étions mercredi, jour du rendez-vous, et la population se tenait là ; en rangs serrés déjà prêts à combattre. Le combat a bien eu lieu, long, sanglant, épique mais comme je ne me rappelle que de la fin, je vais zapper le plat de résistance et vous narrer le dessert sur-le-champ.
En fin de compte je me souviens d'un match : Chelsea - Atlético un match d'idées, un débat pointu mais un dialogue de sourds qui vous donne soif, ennuyeux jusqu'à ce que l'un des deux protagonistes, vexé par une première pique adverse choisisse de hausser le ton... Il froisse son adversaire et égalise aux points, on boit une pinte et on se dit qu'ils ont tous deux des atouts dans leurs manches, que ça va être tendu comme un gars qui veut chier dans un train de banlieue, un truc où on sue à grosses gouttes.
Mi-temps : on fume une clope on boit une pinte.
Une fois l'entracte finie et les organismes reposés, on peut se remettre au combat et recommander une tournée de pintes, on a un match à gagner merde ! Nico envoie la sauce !! Le débat est houleux, l'enjeu prend le pas sur le jeu, ça s'agrippe au colback, ça se met des tartes, c'est quand le jeu devient dur que le durs deviennent bons, PAF 2-1 pour l'Atlético et Diego Simeone dont les idées, plus neuves que l'autre, font mouche. La bête est blessée et ses coups de griffes n'atteignent plus la cible, il n'y aura pas de miracle : 3-1, au sol et mourante, la bête londonienne rumine ses erreurs, s'en prend à son âge, gesticule une dernière fois mais finit par mourir, terrassée par un fauve plus fougueux. Rideau, l'Atlético gagne le droit d'aller prendre une fessée en finale, on va donc se j'ter un gwinn ru en hommage à Nino Ferrer.
Hommage réussi, un quart de ru chacun, où l'on apprend que le bar dans lequel on se tient alors qu'on a du mal à s'tenir est ouvert jusqu'à deux heures, veille de jour férié oblige. Alors après des litres de bières sournoisement versés par le barman qui sans scrupules nous remplissaient nos verres dès qu'on le demandait, le ton était jouasse, les mines ravies comme si on sortait d'une bonne session bien trapue sur un spot secret qui lève dru où seules nos planches waxées à mort peuvent rider... en gros, le sol tanguait un peu, il était temps de passer au fort on voyait encore bien trop distinctement les formes dans cette douce nuit de printemps...
Bailey's sur Irish et paf, le concert de violons celtiques commence et nous envoie aux nues, certains sont en transe, d'autres tombent des nues, je ne citerai pas de noms mais j'en ai vus jouer -rôle de composition- les serpillières plus d'une fois ! Au fur et à mesure que le bouillon prend, la viande mollit et les légumes perdent un peu de leur couleur, ce qui est inévitable quand on ne les cuit pas dans de l'eau gazeuse.
Là-dessus on boit une pinte
-On fait quoi après ?
-Je sais pas faut demander à ce groupe de beatniks à côté, ils ont toujours des comètes à portée de main sur lesquelles faire des plans.
-Ferme-là moi je ferais bien une chambre bleue !
-Ah ouais chouette une chambre bleue à l'ancienne entre couilles pétard gwinn ru !
C'est là qu'intervient Adri, le joz, non content de pouvoir squatter la piaule d'un autre, invite le Baradoz (c'est dire s'il y avait des anges dans cette cabane à fleur de ciel !) à boire un verre chez lui à deux pas de là, ni une ni deux, on fait son sac et on suit le guide. Autant vous dire qu'une fois sur place l'ambiance est chaude, l'air prend la couleur de la weed, le rhum descend les gosiers comme joz coq descend les pistes rouges. La Boen's, pas le dernier pour poser sa soucoupe au milieu d'une soirée dont des petits hommes verts tirent les ficelles, et Hitler déguisé en punky teenage font leur appartition, ça y est le zoo est complet.
A la fois fasciné et épouvanté par la fresque imbibée qui ressemble à une reconstitution de la Berezina à l'intérieur même de chez lui, le maître des lieux encule sa dignité pour la laisser demi-morte dans un coin, et cède la maîtrise au Deus ex-machina des bachannales. Au dernières nouvelles il était partie dans un voyage intérieur et on ne l'a plus jamais revu. Quel homme !
Littéralement catapultés dans nos propres inconscients, ce pourquoi ce récit n'a aucune teneur narrative et encore moins de valeur historique, mais des réminiscences subsistent. A l'heure H, tout le monde ayant faim, Hitler et ses sbires, allumés par le feu dansant qui nous rongeait le bulbe et les entrailles, se mirent à cuisiner, au menu coquilles saint-jacques à la beuh pour une dernière virée dans le vortex pendant que les vétérans partaient sur un Blind test années 80. Le remélange des deux aboutissait à ce à quoi l'on pouvait s'attendre : Phillipe Cataldo était élu Roi de Larvor.
Le basané de l'assistance, dont les capacités mentales furent certainement filtrées par un bain d'acide se mit à beugler "bon moi j'me casse, le taf est fait" Dans un sens il n'avait pas tort mais la suite le fit mentir, en effet, les lieux se vidèrent naturellement, sélection naturelle oblige seuls les individus ayant réussi à annihiler toute influence de leurs cerveaux sur leurs actes restent debout, animés par l'oracle de la nuit, voix du néant, esprit de la liche, on se laisse faire.
Une bouteille de porto, l'appel des embruns, l'effervescence du bruit des vagues, il n'en fallait pas plus pour que, tête baissée, pareil à un commando évadé d'HP en mission, nous n'allâmes rejoindre le séant terrestre, au pied de l'océan, défonçant un grillage par-ci, ruinant un jardin par-là. Les valseuses à la fraîche et le manche au vent, il n'y avait plus qu'à disparaître dans les flots. Tentative aussitôt énoncée aussitôt annulée, les pieds mordus par la roche, on était comme des singes en hiver, punis par la nature et la découverte d'un libre-arbitre trop puissant pour nous-mêmes, il n'y avait plus qu'à se regarder dans le blanc des yeux, par le rouge du porto, dans le noir de la nuit.
Le reste de coquilles saint jacques fut grillé à la poêle.

Le texte est long mais la photo en dis long !!!
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