LETTRE OUVERTE A DIDIER DESCHAMPS


Déception. C'est le mot d'ordre qui reste planté dans les têtes des supporters français ce soir. On y a cru, on pensait que notre petit génie de Paul Pogba transpercerait les lignes allemandes comme une revanche de la blitzkrieg sur la ligne Maginot, on ne l'a pas vu. On voyait le soldat Matuidi fusiller un à un ses vis à vis, échec. On imaginait Cabaye déstabiliser l'arrière garde schleu par son jeu long "pirlesque", de nouveau, c'est une déception. Les allemands, habités par la certitude de l'expérience, ont toisé notre jeune équipe sans jamais s'affoler, comme on regarde les nouveaux entrants au collège, du haut de notre statut de troisième aguerri. Le match n'a pas vraiment eu lieu et lorsqu'en deuxième mi-temps, le vent a semblé tourner, que la France a tenté de mettre le pied sur le ballon, que les jeunes pousses ont esquissé un semblant de révolte, Didier, le pacha de cette bande de rookies aux dents longues n'a pas su insuffler la niaque nécessaire pour ébranler le mur allemand, Neuer lui-même n'a pas eu besoin de jouer libéro !

Didier, tu peux te mordre les dents après ce soir. Karim le fer de lance a été éteint par le roc Hummels et dégouté par le blindage de Neuer. Evra, l'ancien enfant terrible aurait du être puni, et ce malgré la confiance réciproque entretenue par les deux hommes, après son non-match face au nigéria, il a été une nouvelle fois trop timoré devant les assauts allemands, pas assez combatif ni volontaire dans les phases offensives, je le plains encore, et j'aurai espéré l'apparition de Digne, ce jeune loup plein de vivacité. Il est facile de critiquer après, mais il est certain que ce petit plus, cette étincelle qui sublime le collectif que l'on a adoré après la performance contre l'Ukraine, et que l'on a vénéré lors du diner suisse, ne s'est jamais allumée ce soir. Il était temps de poser tes couilles sur la table Didier, je l'ai attendu, en vain. Jamais tu n'as remis en question le 4-3-3 qui n'a su prendre l'ascendant psychologique, qui s'est cassé les dents sur la sérénité teutonne. Pourquoi pas la folie de Cabella ? au lieu du timide Rémy, à l'apport totalement nul ce soir. Pourquoi pas l'impact de Sissoko pour prendre le relais d'un Matuidi au volume inexploitable dans ce match à faux rythme ? Un Valbuena en numéro dix n'aurait-il pas été le poison idoine face à ce solide milieu étiqueté Bayern et rompu aux joutes de la Bundesliga ? Trêve de palabres, ces questions resteront sans réponse, mais nous nous les sommes posées, et le temps viendra résoudre l'équation car cette équipe est vouée à bien grandir.

Désormais, même si la digestion de cette défaite sera difficile, au vu d'un match terni par le résultat frustrant, ce petit score qui ne nous empêche pas de refaire le match à coups de "et si..." Nous avons confiance en toi Didier. Tu a su faire vivre un collectif, une équipe véritable qui, avec ses moyens, dont le potentiel dépasse les performances actuelles, nourrit d'espoirs tous les supporters français, dont l'amertume tenace après les échecs internationaux récents, s'était estompée le temps de cette compétition, on a vu l'émergence d'un bloc-équipe si cher à Aimé Jacquet lors de notre dernière campagne victorieuse, et on a rêvé Didier, devant nos écrans, tendus comme des strings pendant 79 minutes face au Nigéria, même sans être souverains, il y avait quelque chose d'attachant, de prometteur, une vibration qui nous faisait songer doucement au cocorico final...

Enfin, on peut féliciter l'Allemagne, cette force tranquille qui a paru se reposer de son match à rallonge face à l'Algérie, en souhaitant qu'elle aille le plus loin possible pour qu'on puisse dire qu'on a perdu face au champion en titre. On suivra la suite de la compétition avec un oeil autre, moins passionné, légèrement amer, mais avec le sentiment qu'un destin glorieux nous attend, car il nous faut être les supporters dont l'équipe de France a besoin : des supporters qui ne jugent pas, qui laissent de côté la tradition franco-française de la critique et de la rationalisation permanente pour un monde qui la réfute absolument (sinon le Costa Rica ne serait pas en demi-finale), afin de faire germer chez nos bleus le sentiment de confiance qu'il a été difficile de leur accorder précédemment.

on se donne rendez-vous en 2016 à la maison Didier, toi et ton équipe sur le terrain, nous aux abords, prêts à terrasser les visiteurs malotrus qui songerait à étouffer notre rêve bleu. A très vite, en attendant, on va fêter cette épopée inachevée autour d'un schnaps. Bon vent, et auf wiedersehen mien coach !

Les supporters françois.

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